On n'est bien que chez soi.

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On n'est bien que chez soi.

Message  Dietrich Stanislaus le 30.11.09 7:29

J’ai la rage au cœur.

« R’garde Melb. C’était un accident, t’entends? »

Melbourne me dévisage en silence, un silence à la fois inquiétant et embarrassant. Il demeure immobile dans sa chaise, derrière son bureau. Il ne dit rien, cependant il secoue la tête lentement, sans me quitter du regard, et ses yeux pétillent d’une lueur qui frôle dangereusement la limite de la malveillance. Je remercie presque le ciel que sa table de travail se soit trouvée entre nous deux, sans quoi je soupçonne qu’il se serait déjà jeté sur moi pour me faire la peau – et encore là, il pourrait à tout moment la renverser sans encombre ; sous l’effet de la colère, je l’en sais capable. Ce vieux fauve est à prendre au sérieux.

Je jurerais l’entendre grincer des dents tant il a la mâchoire crispée. Mais en réalité, je ne perçois pas grand-chose d’autre que mon propre pouls qui bat dans mes tempes, ou quelque part dans ma gorge, nouée par une émotion plutôt indistincte – un mélange instable de colère, d’appréhension et de honte, parce qu’il a cette façon intimidante de me regarder, de me considérer avec… du mépris? J’ai du mal à accepter la possibilité qu’il me tienne si bas dans son estime. Et pourtant, je me sens comme… un échec cuisant, une déception totale. Je donnerais cher en ce moment pour me soustraire à pareille humiliation.

Au lieu de quoi je reste planté au milieu de la pièce, avec la foutue impression d’être un gamin qui attend sa punition ; ou un criminel dans l’attente insoutenable qu’on prononce sa sentence. C’est que les mots ne me viennent pas – de toute façon, y a-t-il seulement quoi que ce soit à débattre?

J’ai rien à dire pour ma défense, M’sieur l’Juge. Trois coups de marteau, et adjugé… comment, coupable? Il doit y avoir une erreur… Objection, votre Honneur!

« Le type il allait m’saigner, Melb! Moi j’ai rien fait d’mal, c’tait que de l’allégitime défense1! » je lui rappelle, quoi que sans trop de conviction. Parce que, je dois reconnaître que le simple fait de me remettre dans l’était d’esprit où je me trouvais lors de l’accident me fait presque douter de mon innocence et de mes bonnes intentions. Mais une chose est claire : c'est que j’ai jamais voulu ça.

Le silence se prolonge, et moi, j’attends toujours qu’il parle, ou disons qu’il m’autorise à disposer, dans le meilleur des mondes : sauf qu’il ne dit toujours rien. Je ne sais pas s’il cherche les mots adéquats pour me formuler sa frustration, où s’il ne cherche pas plutôt à me ménager. Remarque… J’ignore à quoi bon. Ce serait chose hardie que d’essayer de me mettre plus mal à l’aise que je ne le suis déjà.

Faute de savoir quelle attitude adopter devant son absence de pronostic, je hausse négligemment les épaules, mine de rien, bien qu’en réalité je sois tout simplement désemparé. Alors, il baisse enfin les yeux sur son journal, retire ses lunettes avec une lenteur presque inquiétante – et j’anticipe presque le pire... Ou du moins, c’est que je croyais être paré à sa condamnation. Sauf que…

« …Tu n’as pas idée. » Sa voix est à peine perceptible, si bien que j’ai presque le réflexe de m’approcher. «Des années de travail, enchaîne-t-il sur le même ton. Tu n’as pas idée… »

« J’suis désolé, Melb… » À peine un couinement – pathétique vraiment, c’était bas. J’ai la voix qui tremble, en plus j’ai la nausée. Et je n’ai même pas la décence de me taire là-dessus. Je continue de m’enfoncer : « T’inquiète, la prochaine fois je s’rai plus prud– »

Son gros poing va s’abattre sur le bois massif de son bureau avec une telle virulence que j’en sursaute. Sur quoi je suspens ma phrase… avec ma respiration.

« Sais-tu seulement combien de temps il m’aura fallu pour en arriver à ça? » Il embrasse la salle d’un geste de la main, et je sais que ce geste désigne bien plus que la boutique dans laquelle nous nous trouvons. « T’en rends-tu au moins compte! » Je tente misérablement de rétorquer une réplique au hasard pour défendre ma position, mais je passe visiblement pour un fantôme. « Réalises-tu à quel point toi et ton crétin d'ami auriez pu tout compromettre si quelqu’un vous avait aperçus?

« Ben justement, vu qu’personne est au courant, j’vois pas où est l’probl– »

« Le problème! » Il me pointe d’un doigt accusateur. « Écoute-moi bien, petit crétin, » siffle-t-il, abaissant la voix comme s’il craignait d’être compromis par je ne sais quel espion sorti tout droit de sa paranoïa aiguë. C’est qu’il devient agressif, et insolant, en plus. Quant à moi, je me sens rétrécir de quelques pouces, là. De mon vivant, je n’ai pas souvenir de l’avoir déjà vu autant perdre la carte. Sinon à une exception près… et je crois que c’est justement ce dont à quoi il fait référence. « As-tu réfléchi ne serait-ce qu’un instant sur la gravité de ton geste? Tu sais qui était cet homme? Dimitri Upton, pauvre ignorant! s’indigne-t-il. « Dois-je te rappeler que c’est ce même homme qui… »

L’homme qui a arrêté Antonin… Je n’ai vraiment aucune envie de discuter de ça.

« Raison d’plus », je renchéris, de moins en moins enclin à poursuivre cette discussion ne menant à rien. Si tu veux mon avis, le gars méritait bien c’qu’y lui est arrivé... »

« Sombre idiot! Parce que tu croyais bien faire? Tu veux jouer les justiciers, à présent? Et quoi encore!»

« Hé! Je l’ai pas fait exprès, que j’te dis! » je proteste, et je le foudroie du regard.

Car jusque là, je gardais les yeux rivés au sol, par réflexe je suppose. C’est qu’il n’y a pas grand monde pour me faire baisser la tête à ce point. Excepté que cet homme est l’une de mes seules figures d’autorité, et lorsque je ne réponds pas à ses attentes, j’ai l’impression de ne pas valoir grand-chose, franchement. Seulement voilà, il joue avec le feu. Je vais finir par devenir malin, si ça continue. En plus de quoi le souffle commence à me manquer sous l’effet de l’énervement. Je prends une inspiration pour me calmer, mais déjà Melbourne me terrasse :

« Souviens-toi de ce que son entêtement a coûté à ton cousin, » il s'acharne. « Vois où ça l’a mené! »

« Ça va, j’suis déjà au courant d’tout ça! » Je tente de hausser le ton pour le faire taire, mais rien n’y fait. Il me déballe son discours sans le moindre égard du fait que je sois très susceptible lorsqu’on traite de ce sujet. Ce n’est pas comme s’il ne le savait pas. La fureur me fait monter les larmes aux yeux.

« À l’époque, je me suis trompé sur son compte à lui ; ne me prouve pas que ce soit aussi le cas avec toi. Son ambition lui est monté à la tête, et par sa faute j’ai risqué de tout perdre. Sa bêtise m’aura coûté plus de quatre ans de mon temps et de mes énergies, et il est hors de question que je laisse cette erreur se reproduire une seconde fois. J’ai fait des pieds et des mains pour réparer sa gaffe, et… »

Je suis vraiment à fleur de peau.

« T’avise pas d’parler d’lui d’cette façon, » je le menace.

« …Je te demande pardon? »

Il a l’air passablement indigné de ma défiance – mais certainement pas autant que je le suis. Il semble de toute évidence sur le point de péter un câble, mais à mon tour, je lui coupe l’herbe sous le pied.

«T’as aucun droit d’le blâmer pour c’qui s’est passé. J’te rappelle que tout ça, c’est arrivé par ta faute!»

«Ma faute? Antonin n’était qu’un jeune écervelé imbu de sa personne. Tu marches dans ses pas, Stan.»

« Retire ça tout d’suite! T’es complètement fêlé ou quoi? »

« Ton insolence va te– »

« Rien à foutre! je l’interromps, m’emportant de plus belle. Et pis t’es qu’un vieux cinglé! »

Mes dernières paroles franchissent mes lèvres sans que j’y prenne garde. Je m’en rends compte trop tard. Son poing s’écrase à nouveau sur la table, et sa tasse de café se renverse, se répand, roule pour terminer sa chute au sol dans un grand fracas de porcelaine qui vole en éclats.

« Si tu oses encore– »

« Ha ouais? Quoi donc? » Je fais un pas dans sa direction, question de lui retourner sa provocation.
Il va pour se lever de sa chaise, mais plutôt c’est moi qui m’avance à son bureau, et je m’y appuie pour me pencher à la hauteur de son visage. Je suis au moins aussi furieux que lui ; je n’y vois plus clair.

« Soit t’es carrément sénile, ou ben c’est qu’t’as pas d’cœur au ventre. » Mes mots sont presque crachés. « Pour avoir l’audace d’écraser à c’point le gars qu’a tout sacrifié pour ta sale cause… » Lui s’offusque, et moi j’ai un rire de dédain. « T’es franchement bas. » Je prends un étrange (et dangereux) plaisir à le défier. Je suis incliné si près de son visage que je sens son haleine putride de café.

Hélas, c’est lui qui me prend à mon propre jeu.

« N’oublie pas à qui tu t’adresses, Dietrich Stanislaus. Me suis-je fait clair? »

Je perds mon air, et je perds le fil durant un moment. Ne te sers jamais de ce nom-là, jamais.

Il sait d’avance qu’il vient de remporter la manche : il se recale dans son siège, dissimulant difficilement la satisfaction éprouvée à me voir perdre la face, puis il fait mine de m’ignorer. Je déglutis de nervosité.

« Hors de ma vue. » Il retourne à son journal sans m’adresser un regard. Je me mords la lèvre plutôt que de laisser l’émotion me submerger – et la honte me couvrir davantage. Je ne peux toutefois me résoudre complètement au silence.

« …T’es méprisable. »

Faute de trouver mieux à répliquer, j’envoie balader son journal du revers de la main. « J’me dire d’ici. »

« C’est ça, fiche le camp de chez moi! »

« Sehr gerne!2 »

Avant de céder ma place, j’envoie un coup de pied dans le meuble, ce qui a pour effet de le faire reculer. Il me considère avec stupeur tandis que je m’éloigne à grands pas, hors de ma petite personne. J’attrape mon jacket et ma casquette pendus au porte-manteau, avec une telle rudesse que le crochet vient avec. Je fais ma sortie de scène en prenant grand soin de claquer la porte, et de faire tinter sa foutue clochette.

Scheiße, j’ai vraiment la rage.

Et pourtant, une fois les pieds en dehors de la boutique, c’est tout comme si rien ne s’était passé. La ruelle est d’un tel calme, c’en est presque cinglant, et le contraste me fait rager davantage. Je suis révolté de voir que la vie suit son cours normal et tranquille, que le petit monde là-dehors est bien loin de se préoccuper de toute ma… détresse, si c’est comme ça que je peux appeler l’état dans lequel je me trouve. Aussi le ciel gris annonce au plus grand étonnement de tous une (autre) averse (encore).

Warum ich in aller verdammt Welt!3

C’est officiel, j’en veux à toute l’humanité. (Et je suis en pleine crise existentielle. Bon.)

Sans m’en rendre compte, j’ai remonté Saffron Hill en à peine quelques minutes, comme un enragé, bousculant presque au passage les piétons –voire les cyclistes– sur mon chemin. Je bouillonne, j’écume, je peste mentalement… Et pis non, je ne me donne pas ce trouble : je jure tout bas dans mon jargon4.

Je me retrouve bientôt sur l’allée principale. Je marche sans réfléchir où je vais, je suis encore aveuglé par la colère. (Et passe à un cheveu de me faire percuter par un véhicule. Tiens, c’est presque dommage.) Je n’ai que l’envie obsessive de briser, de démolir quelque chose – n’importe quoi, juste histoire de faire passer la colère, passer le relais, victimiser la première chose qui me tombera sous la main et lui transférer toute la rage que j’ai. Je suis incapable de la gérer, ça échappe à mon contrôle. Aussi parce que je n’ai que des gestes pour manifester ce que je ne peux pas vraiment exprimer tout haut. De toute façon, je n’ai même pas assez de mots dans mon vocabulaire pour communiquer ce que j’éprouve de manière à me faire comprendre5. Ce pourquoi je fais me contente de laisser la hargne m’envahir ; je la refoule au moins autant de fois que je retourne ma langue dans ma bouche avant de ne céder à l’envie de laisser des paroles impertinentes s’en échapper. Je suis tellement choqué, frustré, enragé… (Et autres synonymes.)

L’animosité, je crois que c’est le mot.

Et c’est pas tout ça, mais je viens de me faire mettre à la porte de « chez-moi » – ou plutôt, j’ai donné mon avis de départ... Sur un coup de tête, bien sûr. Je sens que ma spontanéité va finir par me coûter cher. Considérant que je ne suis pas exactement le bienvenu où que j’aille, par les temps qui courent, eh bien, à moins de parcourir deux jours de marche à pied jusqu’à Liverpool pour me rendre chez la tante Sue… Je suis dans de beaux draps, c’est le cas de le dire.

Sauf si… Non, c’est hors de question. Quoi que… Faudrait quand même pas abuser, si?

Pourquoi pas? Tant qu’à toucher le fond… Ce n’est pas comme si j’avais meilleure alternative.

Je mets le cap sur le nord, préférant les rues moins passantes aux grandes avenues, quitte à me rallonger ; je ne me sens pas d’humeur vraiment sociable et n’ai pas non plus envie de croiser quelqu’un de ma connaissance, au risque de lui sauter au visage. Exception faite à une ou deux personnes.

Direction chez les Shelley.

~ *** ~

Histoire de ne pas débarquer chez les Shelley dans tous mes états – pour faire changement – je m’adonne à quelque passe-temps en route, pour me changer les idées : je compte les craques de trottoir, voilà. Autant dire que je perds bien vite le compte et dois recommencer à tous les coins de rue.
Mais au moins, ça me tient occupé à ne pas anticiper ce qui m’attend en bout de ligne.

C’est plus fort que moi : je n’arrive pas à me persuader (complètement) de faire demi-tour. Et pourtant, quelque chose me dit que je vais le regretter une fois arrivé à destination – la petite voix de l’orgueil, ou un truc comme ça. Je me convaincs que ce n’est qu’une étape à franchir, comme à toutes les fois…

Mon pilote-automatique m’a donc conduit à quelques trois quarts d’heure de marche6 de chez Melbourne, en plein cœur du quartier Soho, au numéro « 2552-G7 » d’une rue dont le nom commence par la lettre « C » – fort heureusement pour moi, parce que ma connaissance de l’alphabet se limite approximativement aux cinq ou six premières lettres, avec quelques unes additionnelles – celles qui composent mon nom.

En plus d’être peu habile à lire les chiffres, je n’ai rien pour me rendre la chose facile : tous les immeubles de la rue sont sensiblement identiques. Je précise ici que je ne suis pas du genre observateur, alors il ne faut pas trop compter sur moi pour discerner une fenêtre d’une autre. Sauf celle où il y a un gros matou ; après avoir arpenté la rue d’un bout à l’autre deux ou trois fois, je remarque enfin la bouille familière du gros monsieur Alfred, écrasé d’un air maussade à l’ouverture du châssis, à l’étage. Mon unique repère. Une fois l’immeuble identifié, je passe la porte d’entrée et grimpe l’escalier d’un pas de condamné à mort. Je me dirige vers la potence…

Je dois bien rester planté devant la porte durant minimum une demi-heure8 avant de trouver ne serait-ce qu’un peu de volonté d’y frapper. Ouais, j’ai la trouille. Je me sens ridicule, lâche et surtout, si… puérile.

Après un autre long moment à tourner en rond devant la porte, j’opte pour y cogner deux ou trois coups. Discrets. Tant pis si on ne m’entend pas, je peux aussi bien passer la nuit sur le pas de la porte. Non, j’vous assure, y’a pas de mal, vraiment. Je préfère presque ça à l’humiliation qui m’attend de l’autre côté. De toute façon, personne ne vient m’ouvrir. Si c’est pas un signe…

Ce sur quoi j’abandonne toute initiative et vais me recueillir dans l’entrée du bloc-appartements miteux, où je m’assieds sur l’unique marche, me tenant un peu en retrait pour ne pas me mettre dans le chemin. Mais pas trop. Pour une raison qui m’échappe, la proximité du « 5252-G » me procure une certaine… tranquillité, qui m’est comme indispensable actuellement, si je puis dire.

…J’arrive à peine à croire que j’en sois arrivé là. Encore une fois. Pardi.

C’est à cet instant seulement que je prends conscience de l’heure qu’il peut être – pas plus de 19 ou 20h, la pénombre vient à peine de tomber. Va de même pour la température qui chute ; et je grelotte de froid. La scène a quelque chose de misérable. Sur un coup de fatigue – je mets ça sur le compte des émotions – je dépose ma casquette à mes pieds et m’appuie le front contre mes genoux repliés pour somnoler… dans l’attente de quoi, je n’en suis pas trop sûr. Quelqu’un va bien finir par me trouver tôt ou tard et me jeter des miettes de pain – ou me chasser de là. Parlant de nourriture, la faim attaque bientôt mon estomac… C’est fatal comme sensation.

Je ne sais plus si je regrette plus d’être parti, ou de ne pas avoir plutôt sonné pour qu’on m’entende.

Dans tous les cas, je ne m’interroge pas bien longtemps sur mon dilemme : la porte s’ouvre derrière moi. Je ne bronche pas, redoutant presque de me retourner et d’identifier la personne que je redoute le plus, en quelque sorte. De toute évidence, je passe inaperçu ; on balance un sac d’ordures juste à côté de moi, avec un soupir las, puis la porte se referme aussitôt. Qui que cela soit, il repart ni vu, ni connu.
Ça y est, faut croire que je n’existe plus. Du moins, j’y crois presque pendant un instant. Mais j’entends des pas qui reviennent, de l’autre côté de la porte. Celle-ci s’ouvre à nouveau, et cette fois, je tâche de me renseigner sur mon visiteur. Un coup d’œil par-dessus mon épaule me laisse assez perplexe.

« Ça alors, Stan! s'étonne le bonhomme, vêtu gauchement d’un peignoir. Je savais pas que t’étais là… Qu’est-ce que tu fais là dehors? On t’a mis en punition? Enfin, t’aurais pu frapper. » Haha. La blague. Tout un comique, le Jack, c’est qu’il se marre lui là. Je me retiens de passer un commentaire déplaisant.

« Ouais ben, je… c’est qu’je viens d’arriver, en fait. » C’est pas tout à fait véridique, mais… peu importe.

« Eh ben. Tu parles d’un adon… Reste pas là, t’as qu’à rentrer! Lucy va être ravie. Allez, bouge-toi de là. » Il me fait remuer du bout de son pied. C’est moi où il est encore plus exaspérant qu’à la normale? Quoi qu’il en soit, la mention du nom de Lucy me distrait de son manque de tact aberrant. Je me lève.

« Ah, c’fait qu’elle est à la maison? je m’enquière, tiré de mon inertie. Et pis l’frangin, il est rentré? »

« Ça devrait pas tarder. D’ici quelques heures, peut-être bien... Qui sait? »

« Mh. C’est clair, hein... »

Et puis il fait son chemin sans se soucier de moi un instant de plus. Je ne me fais pas prier de le suivre : je lui marche presque sur les talons. Difficile de dire si c’est sous l’effet de la hâte ou du soulagement... Ou juste l’odeur de la nourriture, fusionnée à celle des Shelley – mélange étrangement sécurisant.

J’ai à peine franchi le seuil de l’appartement que je sens un poids se décharger de mes épaules. Pour peu, j’avais presque oublié les propriétés quasiment magiques qu’on cet endroit sur ma personne en général. Sans mentionner le charme incontestable de monsieur Albert qui m’accueille d’un miaulement rauque et passablement désintéressé. Quelle bête attachante, va.

« Soir, vieux, » je salue le chat en retour.

La chose mottée me toise d’un regard ennuyé et se laisse choir avec lassitude sur la moquette d’entrée. Malgré moi, un sourire amusé s’étire sur mes lèvres.

Aussi curieux cela puisse-t-il paraître, je me dis alors que je pourrais difficilement me sentir plus à ma place ailleurs que je le suis ici. Je crois que c’est ce que je recherchais le plus en venant chez les Shelley – le réconfort d’une espèce de sentiment d’appartenance...

Si vous voyez ce que je veux dire.

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1 De la légitime défense.

2 « Avec grand plaisir! »

3 « Pourquoi (merde) fallait-il que ça tombe sur moi ! »

4 Pour une fois que c’est en mon avantage qu’on ne me comprenne pas. C’est peut-être mieux comme ça, parce que je raconte vraiment n’importe quoi.

5 En plus de quoi je passerais pour tout un dégénéré si je m’engueulais avec, mettons, une boîte à lettres.

6 Si j’avais eu le luxe de quelques pièces de monnaie en poche pour faire le trajet en métro, je serais arrivé à destination en moins de dix minutes. Ce que c’est bête d’être aussi fauché.

7 C’est facile à mémoriser, parce que la plupart des chiffres qui composent cette adresse ressemblent à des « S », ou des « S » inversés. Sauf le dernier, je suis pas tellement certain qu’il s’agisse d’un numéro… C’est peut-être ce qu'on appelle un « six », à bien y songer.

8 Je n’ai pas une très bonne notion du temps, d’accord. Ce n’était peut-être que cinq minutes. Mais alors, c’étaient cinq très longues minutes.

HJ : Ho ho un bébé Stan en crise d'adolescence :3 Et ouais, c'est la fiesta des notes en pas de page. xD



Dernière édition par Dietrich Stanislaus le 06.12.09 22:33, édité 1 fois

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Re: On n'est bien que chez soi.

Message  Kassim Shelley le 03.12.09 0:50

♠K♠


Une mèche de ses longs cheveux châtains vient cacher une partie de son visage. Je la replace derrière son oreille de manière machinale. Elle retourne son regard distraitement vers moi, une simple fraction de seconde où ses yeux d’un bleu profond viennent s’accrocher au mien, puis elle retourne à la contemplation de son livre qui doit peser plus d’une tonne. Je pose mon regard sur ses traits. Ses fins sourcils arqués vers le bas, signe d’une concentration intense sur son activité du moment, formant une légère ride entre ses yeux. Je suis la ligne étroite de son nez fin qui termine par un petit retroussement, ses lèvres étroites et pincé, signe qu’elle se retrouve dans un dilemme. Je l’observe se mordiller distraitement la lèvre inférieur, quelque chose l’agace. Je suis lentement du regard la courbe de ça délicate mâchoire et descend vers son long cou dégagé. Puis mon regard ne va pas plus loin que le colle d’un chandail beaucoup trop grand pour la finesse de son corps, cachant les courbes avantageux qu’elle pourrait avoir, lui donnant l’aire d’un garçon manqué sans aucune féminité.

« Ça va ? T’as finis ton inspection, qu’elle me lâche d’un ton agacé.»

Je relève mes yeux vers les siens qui me dardent avec mépris et irritation. Bien que, me surprendre moi-même d’être en flagrant délie de matage m’emplis de honte intérieur, je me reprends sens problème, et avec tact, d’un sourire mielleux et joueur.

« Je me disais seulement, que tu possédais deux genres vraiment distincts. »

Je place une main devant moi affin de cacher la partie de son corps de ma vue.

« Le féminin… »

Et je remonte ma main affin de me cacher de son regard noir.

«… Et le masculin.»

Et pour seul réponse je me retrouve avec une belle bosse derrière la tête engendré par un livre de plus de cinq pouces d’épaisseur. Je rigole doucement tout en me massant l’arrière du crâne alors qu’elle ce met à marmonner des injures plus excentriques les uns que les autre, à un point tel que l’on pourrait les associés à une sorte de nouvelle incantation indou. Je m’imagine sans difficulté la jeune demoiselle se créer des poupées voodous à mon compte affin de me jeter mille et un mauvais sort. Je me lève de ma chaise et m’étire un bon coup. C’est que ça fait plus d’une demi-heure qu’on se meurt ici à attendre les deux autres lurons. Je fais le tour de la salle, passant entre les chaises vides de notre petit bar de quartier. Étant un employer du ‘’Punk’’ depuis mes jeunes années, le proprio nous à donné la permission d’utiliser le bar en matinée pour nos pratique. Seulement il semblerait que tout le monde ne sois pas d’humeur à ce lever le matin. Je ne serais pas étonné de les savoir encore complètement saoul à cette heure si de la journée.

Je tourne en rond en cherchant de quoi me distrayant à faire, jusqu’à ce que j’entends un claquement sec et impatient dernièrement moi, signe que je dois bien vite me trouver une activité autre que tourner en rond avant de ne me recevoir plus d’un kilos de livre par la tête. Pas patiente notre Ramsay le matin, mais je dois avouer qu’elle passe des sales quart d’heure chez eux c’est dernier temps, alors ça ce comprend. Comme ça mère c’est trouvé un nouveau boulot et qu’elle est souvent absente, son père n’a plus personne pour s’occuper de ça petite personne, c’est donc ça fille qui ramasse les dégâts et les coups. Du moins, encore plus que d’habitude. Je m’assoie sur la petite scène et passe de nouveau mon regard sur elle. Elle mâchouille son crayon avec hargne, totalement focalisé sur son travaille de bio. Vue ainsi, rien n’y paraît. Avec son aire hautain et son côté vicieux, elle ne donne pas l’image d’une enfant battue ni même mal traité. Toujours à son affaire et avec son éternel humeur à tout cassé, elle ne donne aucune place à la faiblesse. Plusieurs serais étonner de connaître certain point de sa personnalité.

Je me décroche de ça personne avant qu’elle ne me prenne à nouveau à la contempler et monte sur la scène. Je m’assoie au clavier et commence à pianoter quelque morceau affin de passé le temps. Lorsque j’étais petit, nous avions un vieux piano, plus ou moins accordé, dans un coin du salon. C’est ma mère qui m’avait appris mes premiers morceaux et qui m’avait donné goût à la musique. Je m’arrête net de jouer, comme agacé par ce souvenir. Je sens le poids d’un regard sur ma personne mais n’en prête aucune attention, t’entend d’ignorer les yeux accusateur qui me darde. Delphy semble comprendre plus d’une chose sur mon compte qu’elle ne le devrait. Je sais qu’elle connaît mon dégoût de jouer du piano et qu’elle profite toujours des moindres secondes où mes doigts s’y pose. Contrairement à beaucoup, elle semble la seul à partager la plupart de mes émotions, des émotions que je garde généralement pour moi, mais que malgré mon obstination à vouloir les refoule, elle trouve toujours le moyen de les remarquer et de me les rappeler. Quelque chose qui m’agace particulièrement mais qui d’un sens me donne l’impression d’être un peu plus en paix.

Je finis par lever les yeux vers elle, fronçant les sourcils, n’ayant pas vraiment envi de me justifier, ni même d’argumenter. Elle soupire, de déception surement, et retourne à son travail. Bref échange silencieux qui semblerais plutôt incompréhensif pour plusieurs, bien que beaucoup nous connaissant finissent par s’y habituer. J’attrape plutôt la guitare acoustique du proprio et gratte quelque morceau, la plupart calme et lent question de ne pas réveiller le démon qui dort en la jeune studieuse. Une grande silhouette finis par apparaître à la fenêtre de la porte. D’ici, on pourrait jurer voir la sœur aîné de Delphy, et s’il m’entendait dire un truc pareille tout haut ce serait ma mort ou encore la sienne après une bonne dépression. Jefferson, pouce la porte du bar, son habituel air blaser au visage, de mauvaise humeur apparemment, bien qu’il soit rarement d’humeur joviale. C’est cheveux mi-long attaché de manière désinvolte, habiller de la même façon qu’hier, vêtement trop grand pour lui, voulant volontairement caché ses courbes beaucoup trop svelte à son goût. Évidemment cette enfant à découcher. Des pas pressé ce fond entendre et v’là la tête d’un petit châtain qui apparaît tout juste derrière le grand amorphe.

« Ray ! T’aurais pus m’attendre » Qu’il annonce les mains pleines de nourriture.

Le p’tit déj apparemment. Blake nous fait un de ses grands sourires dont juste lui semble connaître le secret. Une véritable machine de bonheur cette enfant. Je ne crois pas l’avoir un jour vu de mauvaise humeur, triste ou en colère. Ce duo forme un contraste plutôt frappant lorsqu’on ne les connaît pas. Et plus ça viens, plus on ce rend compte que Jeff est plus gai en compagnie de notre bassiste qu’avec n’importe qui d'autre. D’où, selon certain, la raison pour laquelle, malgré leurs flagrantes différences, les deux semblent d’un naturels ensemble. De mon point de vue, connaissant le fin mot de l’histoire, je ne serais pas tout à fait d’accord mais laissons les gens avec leur théorie et n’attisons pas la morosité de notre batteur en dévoilant ses secrets.

Je passe une main dans les cheveux encore en bataille de mon joyeux lurons et attrape un sandwich parmi la montagne de nourriture qui ce retrouve étalé sur la scène. Je me lève d’un mouvement désinvolte et vas me poster derrière la studieuse, passant mes bras de caque côté de son cahier, m’incrustant dans ça bulle, et ça j’en ai amplement conscience. Elle daigne tout de même me porter un peu d’attention d’une onomatopée sortant du fond de la gorge, une sorte de bruit indifférent, qui démontre avec une toute particulière attention que je dérange et que ma présence semble être d’une insignifiance totale.

« Lâche un peu tes bouquins et viens manger. Je pari que t’a rien dans le bide. » Dis-je malgré tout, le menton appuyé contre son épaule.

Elle lâche un soupire à en fendre l’âme mais accepte tout de même ma requête en fermant ses bouquins. Je souris, amusé de ses grands airs et l’embrasse sur la tempe de manière amicale. Le reste de la journée c’est passé comme à l’habitude. Passant la grande majorité à jouer et rejouer les morceaux les moins appris. Parfois un grognement de mécontentement de Jefferson, un soupire de lassitude de Ramsay ou encore une bonne péripétie emplie d’anecdote de la part de Walker. Une pratique comme les autres, quoi. Après plus de deux heures, on commence à perdre du terrain. Notre claviériste retourne à ses bouquin, quand au batteur, il finit par ce trouver un coin pour roupiller et récupérer des heures de sommeille suffisante à son bon fonctionnement, sois plus de deux heures. Je me retrouve donc à parler de tout et de rien avec mon p’tit Blake et de lui apprendre quelque truck de plus. Notre pratique tire bientôt à ça fin puisque l’heure de l’ouverture du Punk approche. Comme nous avons du boulot pour la soirée c’est le moment d’aller ce remplir le bide avant de commencer. J’aperçois la studieuse qui finis par fermer ses bouquins et commencer à paqueter tout son matériel dans le fond de son vieux sac. Je commence à faire de même, rangeant la scène, quand au châtain il se prend le devoir d’aller réveiller le cadavre dans le fond de la salle. Il ce penche doucement au-dessus de lui, plaçant tranquillement une main sur l’épaule de l’endormie. Des années de pratique ma fois.

« Hey, Ray. Lève toi on va manger. »

Ça voix est douce, tout est délicat pour ne pas brusquer le batteur à son réveille. Ce dernier ce réveille lentement, le regard embué il ce frotter les yeux comme un gamin et je peux même apercevoir un léger sourire sur le coin de ses lèvres lorsqu’il aperçoit Blake au dessus de lui. Malgré tous les efforts que Jeff pourra faire pour montré toute ça virilité, c’est peine perdu. Il est serte grand, mais n’en reste pas moins d’une délicatesse et d’une finesse perturbante, sans compté de ses gestes légers et raffinés. Il s’assoit sur le banc et se laisse aider par Blake qui lui apporte son manteau et l’aide à attacher ses bottes qu’il avait laissé traîner parterre. Un vrai gamin, dire que ça tourne bientôt sur ses 21 ans cette chose. Je stop un moment mon activité, sois mettre mon manteau, pour m’accrocher à la scène qui ce déroule un peu plus loin. Je laisse paraître un léger sourire amusé par l’image que nous donnent les deux musiciens plus loin. Je jette un regard de côté vers Delphy qui fait de même. Apparemment, nous avons tout deux la même pensé en ce moment. Je ferme mon manteau et enroule mon épais foulard autour du cou.

« Hey les tourtereaux, nous on ce casse ! Je vous laisse la clef ici. » Que je m’exclame tout haut en laissant la clef sur le comptoir du bar.

Jeff manque de s’étouffer avec quelque chose d’imaginaire et je le vois me jeter le regard le plus noir qu’il met été donné de recevoir. J’y suis peut-être aller un peu fort, mais ça valait le coup. Mon petit châtain ne semble pas trop comprendre mon allusion et ce met plutôt à rigoler, rendant plus mal alaise encore mon cher batteur. J’attrape Delphy qui rigole dans son foulard par les épaules et on quitte la place laissant en plans les deux compères.

« Tu y’es allé un peu fort sur celle-là. »

Je hausse les épaules, légèrement indifférent des conséquences que pourrait engendrer mes dires irréfléchis. Après tout, ce n’est pas aujourd’hui que Blake comprendra le moindre sens à mes paroles. Ni même demain d’ailleurs. D’un certain sens je plein ce pauvre Jeff. Je ressers mon foulard autour de mon cou, putain qui fait froid. Si y’a une chose que je n’aime pas en ce bas monde c’est bien le printemps, l’automne et l’hiver. Quelqu’un pourrait me dire pourquoi, mais bon dieu pourquoi, y’a plus de trois saison sur quatre qui son des saisons froides ? Très utile franchement. Je four, mes mains dans mes poches et me renfrogne sur moi-même. On ce retrouve tous un peu plus tard dans un petit resto du coin. Jeff nous fait la gueule et passe le reste du dîner à nous ignorer royalement. C’est du Jefferson tout cracher. Même Blake ne semble pas en mesure de le faire sortir de ses idées noires. Le pauvre, il en vient même à croire que c’est de ça faute. Bien qu’à y penser ce n’est pas tout à fait faux. Après le dîner les deux ignorants retourne chez le jeune, question de dormir avant leur prestation, alors que moi et Ramsay on retourne au Punk.

Je commence à placer les chaises, nettoyer les verres, ouvrir la caisse et tout le tralala d’ouverture alors que Ramsay retourne à ses bouquins. Je passe mon chiffre avec peux de clientèle, la clientèle de soulons qui vienne boire en pleine après midi. Vers 4 heures, les gens commencent à arriver et je me fais remplacer pour mon chiffre par Andrew. Les deux pots de colle finissent par revenir et je peux très bien voir la distance d’un mètre que Jeff tante de tenir entre eux deux. Le pauvre Blake, malgré son immense sourire et ça bonne humeur, je sais d’avance que ça l’affecte énormément. Voir ton meilleur ami t’éviter pour une raison que t’ignore c’est le pire des supplices, surtout pour une personne comme notre petit châtain. Je lui souris et lui ébouriffe les cheveux une fois qu’il se retrouve à ma hauteur, question de lui donner le morale.

***


Je passe mes doigts contre les cordes de ma guitare une dernière fois, on applaudit. La soirée c’est bien passé malgré la tension au sein du groupe. En plus de ça, plusieurs problèmes techniques sont survenus avant notre prestation, alors nous avons du terminer plus tard que prévue. Je m’empresse de remercier tout le monde et de ranger ma guitare. J’accours à l’arrière du bar pour passer un coup de file rapide.

« Allo ? »

C’est une petite voix enjouée qui me répond. Je souris instantanément, Particulièrement content d’entendre la voix enfantine de ma sœur.

« Salut ma chouette. J’suis dez’ on à du terminer plus tard que prévue, j’espère que tu m’a attendu pour le souper ? »

Comme j’ai deux jobs, barman et musicien, j’ai un horaire plutôt chargée en plus de tous nos escapades de nuit au sein de la résistance, je peux donc rarement passer du temps avec ma p’tite sœur. On ce fixe donc des dates où l’on peut manger ensemble et parfois, quand ça adonne avec Jack. Et aujourd’hui, eh bien, c’est l’un de ses rares jours où c’est possible.

« Oui, oui t’inquiète on t’attend. C’est presque près par contre, alors prend pas trop de temps d’acc ?»

J’acquiesce et raccroche le combiné. Notre p’tit chez nous n’est qu’à une dizaine de minute du Punk. On a qu’à remonter Rathbone et Charlotte un temps, et on y est. J’enfile rapidement mon manteau, m’enroulant le cou dans mon épais foulards et prend même la peine de mettre mes gants de laine. Je ne laisserais pas ce foutue froid me donne la grippe, ça non. J’attrape rapidement mon sac et sort de la salle des employés. Delphy m’attend déjà habillé, le coude accoté contre le comptoir, son éternelle air blazer au visage, je le met sur le compte du mec qui tente de l’aborder, un échec cuisant apparemment. Blake doit être quelque part entrain de parler au première étranger qui à bien du vouloir lui parler. Malgré son jeune âge, Blake a le don d’attirer l’attention et l’intérêt des gens. Il semble toujours avoir quelque chose de drôle ou d’intéressant à dire et c’est rarement quelque chose de bien puérile. Ce pourquoi, la généralité des gens le prenne pour plus vieux qu’il ne l’est. Après tout, notre petit n’a que seize ans.

J’aperçois un peu plus loin, un verre à la main, mon Jeff qui nous la joue dépressive. Je vais le rejoindre et lui donne une bonne tape sur l’épaule. Il ce tourne vers moi, le visage amorphe. Je vois qu’il a déjà passé le cape de la lucidité le grand. Évidemment, Jeff est un maître dans l’art de la soulerie du déprimée. Y’a plus de quatre shooters déjà vidés devant lui et il tient son cinquième en main. Je lâche un soupire et m’assoie à côté de lui sans dire un mot. Après un moment, il vient accoter ça tête sur mon épaule. Je le sens déjà sur le point de me dire vouloir en finir. Je passe une main sur son épaule et le devance, je n’ai pas de plaisir particulier à l’entendre parler comme un suicidaire. Ça fait plus de quatorze ans que je connais Jeff et ça n’a jamais vraiment été la personne la plus heureuse en ce monde. Il est quelqu’un de plutôt pessimiste et renfermé sur lui, en plus d’être énormément complexé par son orientation. Il vit seul comme un ermite depuis c’est seize ans dans un appartement miteux. Alors, il est plutôt apte à ce genre de chute émotionnelle.

« Hey. »

Je lui enlève le verre de ses mains malgré son grognement de mécontentement et interdit Andrew de lui en donner d’avantage. Quatre verre ce n’est rien, mais Jeff ne sait pas quand s’arrêter et c’est plutôt dangereux pour lui, autant pour son physique que mentalement. Je monte ma main dans ses cheveux et il lâche une plainte.

« Tu viendrais dormir chez moi ?»

Je laisse un léger rire sortir de mes lèvres et lui donne un taloche derrière la tête. Dormir chez cette animal implique bien des choses.

« Désolé mais pas ce soir, ma sœur m’attend. »

Il grogne de mécontentement, mais de se plain pas plus. Je cherche un moment Blake des yeux. Pas facile à trouver le p’tit châtain dans une foule pareille. Je finis par l’entre-apercevoir, entouré de quelques filles et quelques mecs, mais surtout des filles. Je jette un coup d’œil rapide en direction de mon cadavre, mais il ne porte absolument pas d’attention à ce qui ce passe dans la salle. Il a plutôt les yeux fixés quelque pars entre la bouteille de whisky et la vodka. Je siffle un bon cou et Blake ce tourne automatiquement dans ma direction. Il laisse tomber son troupeau d’admirateur, particulièrement mécontent du dépars de notre châtain, et pour une raison qui m’échappe l’image ce superpose à celle d’un grand roux bruyant. C’est vrai qu’il on certain point en commun, mais pas à ce point. Je me frotte la nuque, sale animal qui me dérange jusqu’à ma job. Blake arrive dans le temps de le dire. Et me questionne du regard, bien qu’évidemment il sait déjà de quoi il est question.

« Tu veux bien le ramener chez toi. Il file pas fort. »

Je vois bien qu’il ce sens particulièrement mal alaise. Il regarde notre cadavre un long moment sans réagir, hésitant, ne sachant pas trop quoi faire, étant persuadé d’être en partie la cause de sa mauvaise humeur. Je lui ébouriffe les cheveux et lui fait un sourire rassurant.

« T’inquiète Blake, Jeff n’en a pas après toi pour deux sous. Il doit juste être fatigué, tu sais comme il est de mauvaise humeur lorsqu’il dort pas assez longtemps. »

Bien que plutôt perplexe, il me renvois mon sourire et ce penche sur Jeff pour l’incité à rentrer avec lui. Notre cadavre réponds d’un grognement mais, se lève tout de même debout affin de suivre son compère. Jeff n’est pas vraiment soul, juste dépassé par ses idées noires, ce qui le rend amorphe et absent. Je finis par retourner auprès de Delphy, m’excusant du contre temps. Je l’embrasse sur le bout des lèvres alors qu’elle passe ses bras autour de mon cou, éloignant ainsi la tâche qui ne semblait pas avoir encore abandonné. Puis, elle glisse à mon oreille et me souffle doucement quelques mots.

« Ta princesse doit t’attendre. »

Elle se recule un tantinet pour me pointé l’horloge. Plus de six heures et demie.

« Oh bordel ! »

Je la lâche et me dépêche de sortir de cette masse de gens. Une fois la porte passer le froid me mord directement la chaire. Galère. Je gronde, particulièrement de mauvaise humeur. Ce que je peux haïr le froid. Je m’accroche au bras de Delphy tentant de me donner un peu de chaleur, elle ce met alors à rigole. Ouais c’est ça ris de moi. La route ne prend pas plus de dix minute, ayant marché vitesse éclaire pour me rendre le plus vite possible, ça dois bien faire une demi-heure que j’ai appelé Lou. On ouvre la porte de l’appartement, frottant vivement mes doigts complètement gelé. On monte au deuxième et longe le couloir pour en atteindre le bout. Rendu au bout, c’est généralement l’endroit ou l’on ce sépare. Vivant chacun en face de l’autre, c’est pas trop compliquer.

« Tu veux venir manger à la maison. »

Elle me fait non de la tête et me souris.

« Je vais te laisse en tête à tête avec ta princesse. Et puis, je dois terminer mes devoirs.»

Je n’aime pas les moments où elle rentre chez eux. Sachant pertinemment qu’elle peux me revenir couvert d’hématome et d’égratignure en tout genre. Je suis de nature protective et surtout envers les gens qui me sont vraiment cher. Et Delphy est bien la seul fille, après ma sœur, envers qui je porte une attention toute particulière. Je passe un regard sur la porte de son appartement, elle remonte son sac sur son épaule. Tout semble plutôt calme.

« T’inquiète. Il doit dormir comme une buche à cette heure. Je vais pouvoir faire mes devoirs en paix. »

Je lâche un soupire, pas vraiment satisfait de cette réponse, mais je n’y peux rien. Lorsque Delphy décide quelque chose, je peux vraiment rien y changer. Je l’attrape par le menton lui relevant le visage vers moi.

« Fait bien attention, compris ? Si jamais cette crapule s’emballe tu rentre chez moi. Promis ? »

Elle rit doucement, c’est qu’elle s’amuse on dirait. Je grogne, puis elle me répond par l’affirmative. Je souffle un moment, incertain du niveau de sincérité de ses paroles, mais fait avec ce que je reçois. Je me penche doucement au-dessus d’elle mais m’arrête net lorsque j’entends la porte derrière moi s’ouvrir.

« Oublie pas le recyclage c’est à droite. »

« Ouais ouais… »

Je me tourne la tête, étonné d’entendre une voix blaser et masculine, qui serte n’est pas la ‘douce’ voix roque de notre bon Jack. Je tourne la tête derrière moi pour apercevoir une tignasse de cheveux roux écraser par une casquette usé. Et ben qui l’aurais cru. Y’a combien de temps que ce môme ne c’est pas retrouver chez nous ? Il paraît un moment étonné, des sacs d’ordures et de recyclages plein les mains. Puis il change lentement d’expression en quelque chose de… mal alaise ? Ou plutôt, il semble fuyant.

« Heu, salut Stan »

« S’lut.»

Il passe rapidement à côté de moi, prenant la direction de la cage d’escalier. Je le suis du regard, encore un peu sur la surprise. C’est quoi cette attitude de merde. Je fronce les sourcils. Pour une raison que j’ignore, ça manière de m’ignorer me chicotte, m’agresse, me met en colère.

« Bon ben, à d’main. »

Je me retourne vers Delphy qui est déjà sur le pan de la porte de son appartement.

« Hey !!! »

Mais pas le temps, elle ferme la porte derrière elle. Pour un raison qui m’échappe son ton sec et direct me montrait de manière plutôt explicite ça mauvaise humeur. Je n’irais certainement pas cogner à ça porte pour qu’elle m’explique ça mauvaise humeur mais tout de même. C’est quoi leur problème à ses deux idiots sans cervelles. L’un qui me fuit, l’autre qui m’a l’aire en colère. La joie franchement, quelqu’un m’explique. Je grogne. Je me sens…. Pris de fatalité. J’ai rien fais qui puis les énervé ni un ni l’autre. Et surtout, a quoi bon venir squatter mon chez moi si c’est pour m’éviter. La je me perds. Mais à bien y penser. Logiquement. La seul raison pour laquelle Stan viendrais jusqu’ici, c’est que quelque chose ne vas pas. Ce serait-il encore fourrer dans le pétrin, m’étonnerais pas. Je souffle un coup et entre dans mon chez moi. Au moins, ma Lou elle, elle semble avoir la décence de m’accueillir avec un grand sourire et un bon soupé.

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Re: On n'est bien que chez soi.

Message  Lucy Shelley le 06.12.09 18:03

J’épluche des patates en me remémorant avec fierté, comme c’est beau le travail d’équipe. Eh oui, le travail d’équipe peut nous ramener une panoplie de nourriture pour pas cher ou dans notre cas gratuit. En fait, je sais très bien que ce que j’ai fait avec Jack, c’est vraiment mal, mais j’voulais qu’on ait un vrai souper! La raison soudaine pour ce festin? C’est que mon frérot semble préoccuper ces temps-ci. C’est comme s’il devait se préparer à affronter un grand obstacle très prochainement! Et tout le monde sait qu’on n’affronte pas quelque chose le ventre vide! C’est pourquoi, j’ai demandé l’aide de Jack pour cette mission qu’a été de faire notre épicerie. Étant donné que je ne travaille pas et que Jack n’a pas plus les moyens que nous pour payer une grande épicerie, j’ai joué le rôle de la petite fille qui attirait l’attention des gens pendant que Jack remplissait un sac de nourriture.

J’ai épluché tellement de patates sans m’en rendre compte parce que j’étais perdue dans mon esprit. C’est les pas de Jack dans la cuisine qui m’a ramené sur terre, mais encore plus son regard – un sourcil levé – en toisant à tour de rôle le petit sac de poubelle débordant de pelure et moi.

« Oh! Pardon, j’étais distraite. »

« Au moins, tu t’es pas coupée, Miss dans la lune. J’m’occupe du sac et commence à couper les patates. J’reviens. »

J’hoche la tête et commence à couper en rondelle les patates. J’espère seulement que frérot n’arrive pas avant que je réussisse à faire chauffer le tout. Juste ce que j’ai fait à partir de maintenant, ça m’a pris facilement 30 minutes vu que je ne suis pas douée, pourtant nous n’avons pas beaucoup de patates et de carottes. Il reste le steak haché à faire cuire après, mais c’est Jack qui va s’occuper de cela. Étant donné qu’il est un habitué de la cuisine par son boulot à une auberge, il peut m’apprendre quelques trucs pour cuisiner. Une chance qu’il est là parce que je suis une vraie étourdie et j’oublie souvent des étapes. Le chef de cuisine réapparaît dans la cuisine et je lui tends mon bol de patates et de carottes épluchées.

« Merci la Petite! » dit-il en se mettant machinalement devant la cuisinière. « Va donner de la bouffe pour Albert, j’m’occupe du reste. D’acc? »

J’acquiesce et je prends une poignée de nourriture pour notre chat et me dirige dans le salon qui est juste à côté, il n’est même pas séparé d’un mur. C’est à ce moment que je m’arrête en apercevant une casquette brune cachant presque la chevelure flamboyante de mon ami.

« Stan? » laissai-je échappé sans comprendre qu’il soit à moins d’un mètre de moi.

Stan! Que que que….fait-il chez nous???? Si je n’avais rien dans les mains, je lui aurais sauté dans les bras en l’accueillant comme j’en ai l’habitude. Je manque renverser ma poignée de nourriture par terre, mais me reprend de justesse en refermant ma main. Je me hâte de déposer la nourriture pour ce cher Albert dans son plat.
« Heu ouais, c’est moi. Tu sais plus à quoi j’ressemble? T’as un trouble de mémoire? » me répond Stan moqueur.

« Ha ha très drôle! Sans blague, t’inquiète, ça n’arrivera jamais voyons! » rétorquai-je semi-offusquée. « Mais, étant donné que t’es là, on est en train de se faire un bon p’tit repas. Kass ne devrait pas tarder à nous rejoindre. Ça te dit de manger avec nous? » demandai-je dans l’espoir qu’il reste plus longtemps parmi nous.

« Si la Reine m’invite, j’crois ben que j’ai pas d’autre choix. »

Toute heureuse j’allais lui faire un gros câlin, mais le téléphone sonna et me coupa dans mon élan. Oh! Je me demande qui ça peut bien être.

« Réponds pour moi, s’te plaît. J’peux pas quitter la bouffe des yeux. »

« Okay ! » Je décroche le combiné et je laisse sortir un « Allo? » incertain.

« Salut ma chouette. J’suis dez’ on a dû terminer plus tard que prévue, j’espère que tu m’as attendu pour le souper ?»

Je jette un coup d’œil vers la cuisinière afin de constater où le repas est rendu. La viande est en train de cuire et l’odeur de celle-ci est très appétissante.

« Oui, oui t’inquiète on t’attend. C’est presque prêt par contre, alors prend pas trop de temps d’acc ?»

Je raccroche heureuse d’avoir des nouvelles de mon frère. Il sera là très bientôt!

« Jack, c’était Kass. Il fait dire qu’il vient de finir, qu’il devrait arriver dans peu de temps. »

Jack me fait signe que le tout va être terminé avant son arrivée et que je n’ai pas à m’en faire. Je retourne voir notre invité, heureuse de pouvoir passer la soirée avec mes « hommes » préférés ! Nous entamons une discussion devant la télévision en s’échangeant quelques termes d’allemand et moi je lui lis ce qu’il n’arrive pas à lire à l’écran.

« Il est écrit parfum sur la bouteille. » dis-je en pointant le dessin animé devant nous.

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Re: On n'est bien que chez soi.

Message  Dietrich Stanislaus le 18.12.09 23:28

[HJ : Désolée les filles, mais j'suis à bout, j'arrive pas à faire mieux. J'aurais aimé avancer le post, mais de rattraper tout ce qui n'avait pas été raconté m'a comme... vidé de mes énergies et de mon inspiration pour la suite... Enfin bon... Battez-vous pour décider de qui continuera, moi j'abandonne... @__@;]
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Tout ça pour un putain de journal…


J’ai tout juste le temps de me défaire de mes baskets et mon jacket que j’ai déjà un mini comité d’accueil – se constituant d’un chat gavé de son existence et d’une Lucy figée de stupéfaction lorsqu’elle m’aperçoit. Surprise! Ben non, c’est juste moi.

« …Stan? »

Interpellé de la manière dont je le suis, je suis à la limite de m’interroger pour de bon sur mon identité… Je ne comprends même pas pourquoi elle s’étonne autant de me voir débarquer ici, si on pense à ce qui… enfin, vous savez bien de quoi je parle. (Sinon, ben… Tant pis. Pas envie d’en causer. Point barre.) Remarque, peut-être qu’elle ne fait pas le lien non plus. C’est bien tant mieux.

« Heu, ouais, c’est moi. Tu sais plus à quoi j’ressemble? » je la taquine. En fait, la remarque a un certain fond de véracité ; j’ignore quelle tête j’ai actuellement, mais je crains de ne pas avoir trop bonne mine. C’est que je n’ai presque pas dormi ni rien avalé de la semaine ; culpabilité oblige, et bonjour le stress… Je me tripote alors le visage, feignant de m’inquiéter de mon apparence, juste histoire de la faire rigoler. Et le sourire qu’elle m’adresse – de l’or en barre. Ah, de l’humanité... Ça manque à mon quotidien, tiens.

« ...Ça te dit de manger avec nous? »

Et c’est seulement là que je réalise qu’elle me parle depuis un moment. J’ai les idées brouillées.

« Ah, ben… J’veux pas non plus vous ôter l’pain de la main, t’sais », je prétexte, un peu pris au dépourvu. Bien évidemment, mon estomac choisit cet instant précis pour trahir ma faim : mon ventre crie famine. Lucy a une moue navrée, et moi je hausse les épaules, mine de rien. « Hm? T’as entendu que’que chose, toi? je hasarde. Moi, j’crois que c’est Albert qu’a la dalle… »

« …Oh! »

Mon allusion semble lui rappeler qu’elle détient le repas du matou dans sa main. Elle déverse sa poignée dans la gamelle de la bête affamée, qui me rend un regard plein de grâce – pour ce qu’un chat puisse être reconnaissant, du moins. Puis elle revient à moi, avec un air faussement autoritaire.

« Allez Stan… T’as qu’à le dire si t’as faim! »

Comment ne pas céder à une bouille pareille, je vous le demande? Le cœur n’y est pas trop, non plus.

« Ben, si j’suis pour être franc avec toi… J’canne la pégrenne1, en fait... » Je tapote mon ventre creux. «M’enfin, t’es sûre que ça pose pas prob–? »

« Non non! C’est décidé, tu restes à souper! » On ne me priera pas deux fois, dans ce cas.

« Si la Reine m’invite, j’crois ben que j’aie pas d’autre choix… » Je lui fais un clin d’œil, elle tire la langue. Elle a un mouvement pour se saisir de ma main, je crois – pour m’emmener à la cuisine? – mais s’arrête à mi-chemin lorsque la sonnerie du téléphone retentit. Jack l’interpelle, et Lucy file décrocher le combiné.

…Et mon câlin de bienvenue, dans tout ça? J’ai un regard amer pour le chat… qui, lui, file, l’air offusqué. A-t-il réellement perçu mon désespoir, là?

J’écoute distraitement Lucy bavasser au téléphone – un appel du frangin, on dirait bien. Étrange comme mes tripes se nouent rien qu’à cette idée, je ne sais pas trop comment définir l’émotion qui me traverse. Cela se situe quelque part entre la hâte et l’envie de me couvrir d’un drap et passer pour un fantôme. Paradoxal, n’est-ce pas?...

Tandis que Lucy s’affaire à la cuisine avec notre cook loustic2, mon attention dérive lentement sur le Times laissé grand ouvert sur la toute petite table du salon – la paranoïa me terrasse à un point tel que toute forme de média me fait imaginer les pires horreurs. De réflexe, je soulève le périodique presque avec appréhension pour jeter un œil à la couverture, discrètement ; comme de fait, c’est l’édition de ce matin, celle que Melbourne avait entre les mains cet après-midi même. Je n’arrive pas à lire le gros titre, mais je le reconnais plutôt aux images en première page : un incendie en plein centre-ville… Ça y est, je flippe.

…Elle a pas lu ça, si? Kass a bien insisté sur le fait qu’il valait mieux qu’elle ne soit pas mise au courant de toute l’histoire. Ce journal doit disparaître impérativement, sur-le-champ, au péril de ma propre v…

« C’est presque prêt! » annonce une voix joyeuse, me tirant des abîmes de ma panique – ou plutôt, m’y plongeant tête première. Lucy se ramène. Danger, objectif compromis. Je dissimule subtilement le journal derrière mon dos, tout en tentant de lui cacher mon malaise. « Ne reste plus qu’à patienter en attendant le retour de… » Elle s’interrompt, et me dévisage, intriguée. « Qu’est-ce que tu fais…? » Mission échouée.

« Ah ça, ben c’est… » Pris sur le fait, je n’ai d’autre alternative que de lui révéler l’objet de mes cachettes, adoptant un air indifférent – ce n’est qu’un leurre. « C’est le Times. Vous les collectionnez? » je me moque. « Enfin quoi, j’veux dire, c’est que ça date d’y’a au moins trois jours, j’appelle plus ça d’l’actualité, moi! » Je fais mine de le feuilleter afin de retourner la couverture, histoire de ne pas plus y attirer son attention. « Y serait p’tête temps d’envoyer ça aux ordures, hein? »

Elle hausse les épaules, neutre. Puisqu’elle ne se prononce pas, je prends moi-même l’initiative de me rendre à la cuisine, journal maudit en mains, pour mettre fin à ses jours. Or, un autre obstacle survient.

« Ho, minute, le jeune! J’ai pas encore terminé de le lire. » Jack brandit sa spatule, presque menaçant.

« Quelle importance? Depuis quand tu lis ça, de toute façon? » s’interpose Lucy, curieuse.

« Ouais, quelle importance! j’insiste sur un ton plaisantin… et embarrassé. C’pas du tout intéressant! »

« Justement, pour une fois qu’ils racontent quelque chose qui vaut la peine d’être lu. »

« Ah? s’enquière Lucy, bien à mon plus grand malheur. Quoi donc? »

« Je sais plus trop… Ça raconte qu’un type du gouvernement s’est fait flinguer, ou un truc du genre. »

« C’tait une explosion », je rétorque un peu sur la défensive malgré moi. J’en prends vraiment offense. Non mais, faudrait quand même pas exagérer. C’est pas comme si c’était un meurtre prémédité, et puis…

…Et puis j’ai parlé sans réfléchir. Tous les deux m’adressent un drôle de regard. Jack finit par hausser les épaules et s’en retourne à sa cuisson. Hélas, Lucy, semble y prendre certain intérêt – elle fait exprès, franchement?

« Il est quand même pas mort, dis? » Ça semble la tracasser plus que cela ne le devrait. Elle me coule un regard, comme pour me sonder, peut-être dans l’espoir que je confirme que c’est en lien avec l’incident… Mon cœur fait un tour de trop dans ma poitrine. Cela me rappelle soudainement qu’elle avait capté des bribes de ma conversation avec son frère, l’autre soir, à ce sujet.

« Bah! Aucune idée », déclare finalement le chef, poêle en main. « Puisque j’ai pas fini l’article. »

…C’était moins une. D’ailleurs j’en profite pour desserrer davantage la corde autour de mon cou.

« Bof… Pas comme s’y pouvait arriver que’que chose à ces gars-là. » J’essaye de me faire convaincant. « ‘Savez, eux pis leurs démons… » Ma remarque le fait claquer de la langue. J’ai fait un faux pas?

« M’en parle pas! se fâche le cook. Vous avez un gars d’expérience devant vous, les jeunes ; parce que, vous savez moi, quand j’étais jeune – bah, encore plus jeune que je le suis (tout pour se rajeunir) – il m’est arrivé que… »

Lucy roule les yeux pendant qu’il est occupé à sauter ses légumes. Une anecdote redondante, j’imagine. Elle soupire et se détourne.

« Laisse tomber », articule-t-elle en silence à mon intention. Mais je suis distrait.

Faisant ni une, ni deux, elle envoie balader le périodique dans le bac à récupération plein à craquer ; le journal glisse et s’étale au sol, refusant comme de disparaître complètement de mon champ de vision. J’ai l’impression d’être nargué, là. Ouais ouais! Cette saloperie de journal se paie ma tête, carrément! Et Dieu seul sait à quel point j’ai horreur qu’on me fasse la nique comme ça. Je le toise d’un regard haineux.

J’en ai pas encore fini avec toi, mon gars.

« …Alors, je lui dis : ‘‘C’est à moi que tu parles?’’ Croyez-moi, le type a pris ses jambes à son cou, et… » La voix de Jack en trame de fond. À laquelle s’ajoute bientôt celle de Lucy qui n’est qu’un souffle agacé.

« Allez, tu viens? Stan…? »

Mon regard se détache finalement de l’objet damné et je me tourne vers Shelley miniature, visiblement on ne peut plus intriguée par mon attitude qui, je suis forcé de le reconnaître, a quelque chose de suspect. Elle m’invite d’un geste impatient à la suivre dans le salon, laissant le pauvre bouffon jacasser tout seul. Je jette un dernier regard par-dessus mon épaule, ruminant furieusement.

Tu perds rien pour attendre, paperasse infernale…

« T’en fais pas pour Jack, me rassure Lucy, sur un ton plus léger. Il a l’habitude3. »

« Heu, ouais. Si tu l’dis… » J’ai un rire jaune. Je loue les dieux pour la naïveté de cette enfant.


Avec tout ça, nous voilà de retour dans le salon, chacun assis à une extrémité du canapé, avec l’odeur de la viande qui agace sérieusement mon odorat. Je suis à veille de m’auto-digérer. C’est qu’il en met du temps, le frérot. Ou alors c’est que j’ai vraiment les nerfs à fleur de peau ; je sens ma patience mourir à petit feu – de même que mes espérances de vie. En bout de ligne, je me rends compte que ma survie en compagnie de sa sœur n’en tient qu’à sa présence à lui, de ces temps-ci… Je n’ose plus ouvrir la bouche, sans quoi je gaffe à tour de bras. Je me fais vœu de silence – ou de ne m’en tenir qu’au strict minimum, du moins. (Faut pas trop m’en demander, non plus.)

Ce sur quoi je propose d’allumer le téléviseur, qui s’ouvre sur une chaîne de reportages. Albert se joint alors à nous, s’installant nonchalamment sur les genoux de sa maîtresse qui le caresse machinalement. Elle a l’air un peu ailleurs, fixant distraitement les images qui défilent. Je ne sais plus trop où me placer. J’ai horreur de jouer la comédie avec elle… Ou avec les Shelley tout court. C’est un jeu dangereux.

« Au fait », commence-t-elle après un moment, se lassant du chat – qui m’adresse un regard meurtrier dès l’instant où elle se détache de sa personne. « Tu n’m’as pas dit ce qui t’amenait ici? »

« Oh, euh… » Je me passe la langue sur les lèvres, à la recherche d’une excuse bidon. Pense vite, Die4.
« Ben, j’passais dans l’coin, voilà tout. Nan jt’assure! Une p’tite marche de santé, quoi, tu vois l’genre.» Elle n’a pas l’air convaincu mais n’ajoute rien. C’est mieux ainsi, pour ma santé cardiaque.

Albert se lasse de sa petite maman et va s’écraser plus loin sur le divan, en plein sur la télécommande. C’est que les animaux ont un don pour ça. Et c’est seulement là que ça me saute au visage, c’est évident comme deux et deux font cinq5 : ce chat-là est de mèche avec le journal, c’est une conspiration secrète ; parce que ce n’est pas un pur hasard si la télé tourne en plein sur le canal du bulletin de nouvelles.

À la télévision…

« Les enquêtes au sujet de la mort de Dimitri Upton, ex-ministre de l’Information… »

Le monde entier veut ma peau, ça m’apparaît clair. Albert et le journal… Mince, j’aurais dû m’en douter! Le matou ronronne à pleine turbine, se lèche la patte tout en se délectant de mon embarras.

ARRRGH! Trop, c’est trop, vraiment.

Je pousse le chat sans trop de manières, me saisis vivement de la télécommande et tourne aléatoirement sur un canal pour enfants. Monsieur le chat débarrasse la place en me faisant le dos rond.

Bien fait pour toi! Va conspirer plus loin avec ta gazette maléfique.

« …Qu’est-ce qui te prend? » Lucy arbore un sourire à demi amusé, à demi perplexe.

« J’trouve ça nettement plus sympa les cartoons, pas toi? » Je vais finir par perdre la face à ce rythme.

« Des dessins animés… Drôle d’idée. »

Encore une autre comme ça et je remballe mes affaires. Pas envie de veiller en territoire ennemi, le gars. Quand je pense que j’étais venu ici pour me changer les idées… La soirée s’annonce bien.


Au bout d’une demi-heure à glander devant la télévision et à faire baragouiner la petite Shelley avec deux ou trois mots de mon jargon pour la distraire – et me distraire moi aussi, parce que je suis à veille de céder à la faim et me bouffer un pied… ou le chat, ça reste à définir – finalement, et c’était pas trop tôt, monsieur Hart6 achève de torturer ses légumes et nous convoque à la cuisine, Lucy et moi, afin de lui filer un coup de main à mettre la table. Ce qui ne s’avérera pas être une tâche bien compliquée, étant donné la superficie assez réduite de ladite table.

Tandis que Lucy s’affaire à préparer les condiments, je mène une lutte acharnée avec les ustensiles, puisque je n’ai pas la moindre idée de comment les disposer de manière appropriée – couteau à gauche? fourchette à droite? de chaque côté du plat? J’en ai pas la moindre idée.

« Dis Shel, comment est-ce que j’suis sensé placer les–? »

« Hm? »

Je suspends ma phrase, comme choqué par ce qui vient de traverser mon champ de vision : Albert, étendu sur le Times grand ouvert. Si c’est pas un signe… c’est une déclaration ouverte de guerre.

Ah ouais? Amène-toi, ça va être ta fête.

Je délaisse les ustensiles sur un coin de table, distrait de ma tâche ; je remonte les manches de mon pull sur un élan de bravoure et m’accroupis devant le bac à récupération, où je me saisis du premier objet qui me tombe sous la main – ici, ce sera une cuiller en plastique – pour assurer ma protection et m’apprête à livrer un combat épique contre la bête démoniaque… lorsque Lucy me coupe dans mon élan.

« Tu disais? »

Pétard. Je suis pris sur le fait.

« Je, heu, je m’disais que… Aua! » La vile créature en profite pour lacérer le revers de ma main pendant que je suis distrait. Je grince des dents, me retenant de justesse de ne pas le tabasser à coup de cuiller. Plutôt, je le chasse de sur son trône pour lui piquer le journal, que je fourre maladroitement dans le bac ; le matou file en grognant, les oreilles aplaties. Dans tes dents, espèce de grosse loque mottée.

Après quoi je me redresse, prenant une inspiration pour me ressaisir avant de réellement péter un câble. Aussi, je soulève le bac à recyclage, que je garde jalousement contre moi. Lucy semble attendre que je vienne à bout de ma phrase.

« J’allais dire… que j’vais sortir la récup, voilà. »

« Ça peut attendre après le souper, tu sais », remarque-t-elle.

« Nenni! je rétorque vivement, sans prendre garde. J’vais la sortir maintenant! » Elle arque un sourcil. Et je commence à pédaler un peu. « J’veux dire, » j'emprunte le ton et le grossier accent de tante Sue. «Pourquoi remettre à plus tard ce qu’on peut faire tout de suite? » En cas de détresse, il y a les proverbes. (Il y a aussi que je doute être capable de prononcer le mot « procrastination » de manière compréhensible.)

« Bon… Si tu insistes. »

« Moi, je dis que c’est une excellente initiative, commente Jack. Personne ne l’a fait depuis au moins… Quoi, un bon trois semaines? »

La petite demoiselle ricane. « Dépêche-toi, dans ce cas! Ou alors on commence sans toi. »

« Je s’rai un courant d’air, t’en fais pas! »

Je file en direction de l’entrée – je cours vers la liberté, pour être juste – chaussant mes baskets vite-fait. Au moment d’ouvrir la porte, Jack m’interpelle depuis la cuisine.

« Oublie pas, le recyclage c’est à droite! »

« Ouais, ouais… »

À droite de quoi, au juste? Je ne m’arrête pas pour le lui demander, je suis trop pressé de…

…De tomber face-à-face avec un géant et une harpie. On se croirait dans un conte de fées.

D’un côté, il y a Kassim qui me dévisage ; de l’autre, sa bizarre de voisine… qui me dévisage, elle aussi. J’ai comme qui dirait l’impression d’interrompre quelque chose – quelque chose d’autre que mon souffle… Je les regarde tour à tour, pour finalement réaliser leur proximité qui, curieusement, a quelque chose d’assez embarrassant. Puis je les contourne et continue mon chemin dans l'escalier, comme perturbé.

« Heu, salut Stan. »

« …S’lut. » Je ne suis pas certain qu’il m’ait entendu, c’était à peine perceptible. Mais ça m’est égal. Je n’ai qu’une seule envie, soit celle de débarrasser la place au plus vite. Je me sens que trop… craignos.

Je dévale l’escalier à toute vitesse, furieux contre moi-même, ou sinon contre quelque chose qui échappe totalement à ma compréhension Je mets ça sur le compte du stress. Dans tous les cas, je passe à un cheveu de manquer les trois dernières marches. Des boîtes de conserve tombent et roulent au sol – une vraie cacophonie renvoyée en écho dans toute la cage d’escaliers. Avec le bac qui me cache la vue, j’envoie sans le vouloir un coup de pied dans une des conserves… Tout pour agrémenter un peu le vacarme.

Adieu ma dignité. Je dois passer pour un taré fou furieux.

Une fois dehors, je suis sérieusement tenté de balancer le bac au bout de mes bras. Je ne sais pas ce qui m’en retient, d’ailleurs, si ce n’est qu’Albert me mate avec une évidente supériorité (de chat) qui n’a pour effet que de me mettre un peu plus en rogne. Sous l’effet de la colère, j’attrape ma casquette et la lui balance en pleine… fenêtre. Au moins, il se taille sans demander son reste.

…Putain, j’ai la haine!!!

Je fais le tour du building d’un pas précipité, voire enragé. En plus, il fait un froid de connard7.

Même si, d’un autre côté, je ne suis pas non plus pressé de retourner à l’intérieur. En tout cas, pas dans cet état. Je ne ferais qu’empirer mon cas. Et c’est déjà suffisant d’être la risée du matou.

Il a dit quoi, déjà? À gauche? Quelle importance. Sans m’embêter davantage, et sans le moindre regard pour l’environnement – c’est le cadet de mes soucis, actuellement – je déverse le contenu du bac dans n’importe quel container. Mais le Times, bien sûr, dévie de sa destination et va s’écraser sur le gravier. Là, je m’emporte pour de bon. Je le ramasse au sol et sous un accès de colère, le déchiquette, le mets en morceaux. Si j’avais du feu sur moi, je le réduirais en cendres sans hésiter pour en effacer définitivement toute trace.

Pour avoir enfin la conscience tranquille… Si ce n’est pas trop demandé pour aujourd’hui.

Je regarde les bouts de papier prendre le vent et s’éparpiller par terre. Cette vue a étrangement quelque chose de rassurant. Je me sens comme si je venais de procéder à l’exorcisme d’un… démon.

Je me passe une main sur le visage, soupire longuement. Je suis dépassé, vidé, exténué.


…Tout ça pour un putain de journal.
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1 J’ignore l’origine de cette expression ; mais puisque c’est Antonin qui le disait, ça doit faire du sens.

2 Mot emprunté à l’allemand, « lustig », qui signifie « comique ». Et après ça, on me traite d’inculturé! Pff.

3 Il faut dire que quand ce type s’y met, il cause plus que Tom et moi réunis ensemble. Faut le faire.

4 Diminutif de mon prénom, souvent employé par Susanne, et Antonin, à l’époque. J’ignore si c’est par affection, ou si c’est plutôt parce que personne n’arrive à le prononcer comme il faut…

5 …Pourquoi le regard sceptique, là?

6 NDM, « note de Mimo » : Jack Hart, aussi appelé Jack of Heart, est un super-héros des BDs de Marvel. (Stan est un fan invétéré de bandes dessinées – c’est tout ce qu’il peut « lire », ou il les regarde à la télé.) Clin d’œil sur la carte à jouer de Hunter.

/!\Demande spéciale/!\ Faites ce test Which Superhero are you? de manière la plus fidèle à votre personnage et envoyez-moi le résultat par MP! Copiez-moi toutes les stats, pas seulement la réponse principale, s’il vous plaît. Pour le plaisir de Stan à vous assigner un super-héros. :3 (Essayez d’en trouver un du bon sexe, eh…)

Mon résultat… LOL c’était aucunement voulu mais j’trouve ça drôle en crime. X3

Spoiler:
You are ROBIN.

Young and acrobatic. You don't mind stepping aside to give someone else glory.

Robin 75%
Superman 70%
Green Lantern 70%
Catwoman 70%
Iron Man (Kass!!!) 65%
Hulk 60%
Supergirl 55%
Wonder Woman 55%
The Flash 45%
Batman 40%
Spider-Man 35%

…Pourquoi la tendance féminine! ;-;

7 Un froid de canard, c’est-à-dire. Je crois que j’étais franchement de mauvaise humeur.


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Eines Tages sagte mir jemand : < Am Ende wird alles gut sein.
Und wenn nicht alles gut ist, dann ist es noch nicht das Ende. >

So I'll see you there, bro. When the end has come.

Dietrich Stanislaus

L'As♢ || Trump Card.


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